Assurance maladie et sécurité des patients : Vers une reconnaissance encadrée de la médecine traditionnelle

 Assurance maladie et sécurité des patients :

Vers une reconnaissance encadrée de la médecine traditionnelle


Après deux jours d’intenses travaux, l’atelier national consacré à la réorganisation de la pratique de la médecine traditionnelle au Bénin s’est achevé le 25 mars 2026 à l’Azalaï Hôtel de Cotonou. Cette rencontre, qui s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de l’assurance maladie obligatoire et du dispositif pour la sécurité des patients, a réuni autorités sanitaires, praticiens, experts et partenaires techniques autour d’un objectif commun : repenser en profondeur un sous-secteur central de l’offre de soins.

Au Bénin, la médecine traditionnelle occupe une place prépondérante. Selon les données rappelées lors des travaux, plus de 80 % de la population y a recours. Pourtant, ce sous-secteur reste confronté à de nombreux défis : manque de structuration, encadrement réglementaire insuffisant et préoccupations liées à la qualité des soins et à la sécurité des patients.

Face à ces constats, les participants ont unanimement reconnu la nécessité d’une réforme ambitieuse. « Dans un Bénin en pleine métamorphose de son système sanitaire, la réorganisation de la médecine traditionnelle devenait une nécessité, un impératif moral », a souligné le directeur de cabinet du ministre de la Santé, Monsieur Enagnon Pétas Akogbeto, représentant le Professeur Hounkpatin Benjamin, empêché.

Des recommandations structurantes pour une réforme en profondeur

Les travaux ont abouti à des propositions concrètes articulées autour de cinq axes stratégiques majeurs. Ils préconisent notamment le renforcement du cadre juridique et réglementaire encadrant la médecine traditionnelle et la pharmacopée, ainsi que la mise en place de mécanismes de reconnaissance et de certification des praticiens. Ils insistent également sur l’amélioration de la traçabilité et du contrôle de qualité des produits issus de la pharmacopée traditionnelle, tout en soulignant la nécessité de promouvoir la formation et le renforcement des capacités des acteurs. Enfin, les participants ont souligné l’importance de développer une collaboration structurée entre médecine moderne et médecine traditionnelle.

Pour les autorités, ces orientations constituent une base solide pour une transformation durable du secteur. Elles insistent toutefois sur un point essentiel : la réussite de cette réforme dépendra avant tout de l’engagement des acteurs à traduire ces recommandations en actions concrètes.

Vers une meilleure protection des patients

La question de la sécurité des patients a occupé une place centrale dans les échanges. Le président de l’Autorité de régulation du secteur de la santé, Dr Lucien Dossou-Gbété, a rappelé la nécessité d’étendre au sous-secteur traditionnel les mécanismes déjà en vigueur dans la médecine moderne.

« L’implémentation du dispositif pour la sécurité des patients dans la médecine traditionnelle permettra de protéger les populations contre les préjudices évitables », a-t-il affirmé, soulignant l’ampleur du recours à cette médecine.

L’enjeu de l’assurance maladie obligatoire

Autre point majeur soulevé : l’intégration de la médecine traditionnelle dans le dispositif de l’assurance maladie obligatoire. Les participants ont relevé qu’en l’état actuel, l’absence de normalisation des pratiques constitue un frein à la prise en charge des soins issus de ce secteur.

Selon le président de l’Autorité de régulation, cette situation pourrait évoluer à moyen terme. Il a indiqué que l’amélioration de la qualité et de la sécurité des prestations pourrait ouvrir la voie à une éventuelle prise en charge de ces soins, un enjeu déterminant pour l’accessibilité financière des services de santé pour une large part de la population.

Une réforme progressive mais déterminante

Si les participants reconnaissent que cet atelier ne saurait résoudre à lui seul l’ensemble des problématiques, il constitue néanmoins une étape décisive. Il jette les bases d’une approche progressive, fondée notamment sur la valorisation de la pharmacopée traditionnelle et la définition de référentiels d’accréditation adaptés.

Le gouvernement béninois réaffirme ainsi sa volonté de promouvoir un système de santé inclusif, fondé sur la complémentarité des savoirs et la valorisation du patrimoine médical africain, tout en garantissant des standards élevés de qualité et de sécurité.

À l’issue de cette rencontre, un consensus se dégage : le travail ne fait que commencer. Les acteurs se sont engagés à poursuivre les concertations afin d’aboutir à des documents techniques et réglementaires robustes, capables d’encadrer efficacement la collaboration entre médecine traditionnelle et médecine moderne.

Rodolphe HOUEGBELO

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