Médecine traditionnelle au Bénin : Vers un dialogue scientifique entre chercheurs et praticiens

 Médecine traditionnelle au Bénin 

Vers un dialogue scientifique entre chercheurs et praticiens


La Faculté des Sciences de la Santé (FSS) de l'Université d'Abomey-Calavi accueille, les 16 et 17 juillet 2026 à Cotonou, un atelier scientifique consacré à la réalité de la médecine endogène béninoise. Organisée par la Faculté des Sciences de la Santé (FSS) et la Faculté des Sciences et Techniques (FAST), sous la coordination de l'Autorité de Régulation du secteur de la Santé (ARS), cette rencontre est placée sous le thème : « La médecine traditionnelle au service de la santé : séance d'information pour les acteurs de la médecine moderne ».

L'atelier réunit des enseignants-chercheurs, des professionnels et futurs professionnels de la santé, des étudiants ainsi que des tradipraticiens. Il offre un cadre d'échanges destiné à confronter les savoirs, partager les expériences et explorer de nouvelles perspectives de collaboration entre les acteurs de la médecine moderne et ceux de la médecine traditionnelle.

Établir un pont scientifique et académique entre les savoirs

Pour la Professeure Callinice CAPO-CHICHI, biologiste moléculaire spécialisée en biochimie et nutrition et coorganisatrice de l'atelier, cette initiative vise à montrer l'importance de la médecine traditionnelle dans les métiers de la santé.

« Après avoir participé à des ateliers avec l'Autorité de Régulation du secteur de la Santé, j'ai compris qu'il faut que les scientifiques interviennent pour faire le pont entre la médecine moderne et la médecine traditionnelle », a-t-elle expliqué. Habituée à travailler sur les mécanismes moléculaires de la pharmacie et des plantes, elle estime que les scientifiques ont un rôle à jouer pour montrer où agissent les molécules utilisées dans les deux approches thérapeutiques. Selon elle, cette rencontre permettra également d'amener les étudiants à s'intéresser davantage à la médecine traditionnelle, les deux médecines concourant à l'amélioration de la santé.

Le doyen de la Faculté des Sciences de la Santé (FSS), le Pr Josué AVAKOUDJO, a rappelé que cet atelier répond à une réalité observée dans les pratiques de soins au Bénin. Citant l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), il a indiqué qu'une grande majorité des populations africaines recourt à la médecine traditionnelle pour les soins de santé primaires.

Sortir de la clandestinité pour structurer une collaboration formelle

Selon le doyen de la FSS, les patients béninois consultent souvent successivement le médecin et le tradipraticien, sans que l'un ou l'autre en soit informé. « C'est cette clandestinité du recours que nous voulons faire cesser, en substituant au silence mutuel un espace de vérité et d'écoute », a-t-il déclaré.

Le doyen a également insisté sur la démarche de la Faculté, qui entend aborder cette question avec la rigueur scientifique requise. « Notre Faculté ne se veut ni le tribunal de la médecine traditionnelle, ni son avocat inconditionnel. Elle se veut un espace d'apprentissage et d'expérimentation, sans dogme », a-t-il affirmé, rappelant que la science consiste à observer, étudier et vérifier.

Il a par ailleurs souligné que le gouvernement du Bénin a inscrit la médecine traditionnelle dans les grands projets de société portés par le Président de la République, estimant que ce patrimoine thérapeutique mérite d'être étudié, documenté et, lorsque cela est possible, validé par la recherche scientifique.

Le président de l'Autorité de Régulation du secteur de la Santé (ARS), Lucien DOSSOU-GBÉTÉ, a, pour sa part, appelé à un dialogue franc entre les deux univers de soins.

« Nous devons tous arrêter d'être schizophrènes : le matin chez le médecin moderne, l'après-midi chez le tradipraticien, et vice versa », a-t-il déclaré. Pour lui, l'atelier doit permettre aux acteurs de la médecine moderne et de la médecine traditionnelle de se parler, chacun présentant ses pratiques et son savoir-faire afin que les échanges profitent à tous.

Reconnaissant que « nos méthodes, nos médicaments ou nos remèdes ont des limites », le président de l'ARS estime que chaque partie peut apprendre de l'autre dans l'intérêt des patients.

Intervenant au cours des travaux, le Dr Aristide TALON a également plaidé pour une mise en commun des connaissances. Selon lui, les savoirs phytothérapeutiques issus de la médecine traditionnelle doivent être rapprochés des méthodes de la médecine moderne et confrontés à la recherche scientifique afin de mieux comprendre leur efficacité dans la prise en charge des maladies.

« Le plus important, c'est de voir dans quelle mesure il faut mettre en accord ces connaissances avec les praticiens de la médecine dite moderne, pour voir ce que nous pouvons en extraire et comment aller vers la guérison », a-t-il indiqué, avant de conclure que « le plus intéressant, c'est le dialogue qui va réunir les deux ».

À travers cette rencontre, les organisateurs entendent poser les bases d'un cadre formel de dialogue entre les acteurs de la médecine moderne et ceux de la médecine traditionnelle béninoise. Une initiative dont l'ambition est de favoriser le référencement mutuel des patients, la recherche scientifique sur les plantes médicinales, la formation croisée et, à terme, une meilleure collaboration au service de la santé des populations.

Rodolphe HOUEGBELO

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